IV- COMPORTEMENTS DE JEU « PATHOLOGIQUE », HYPERSEXUALITÉ ET AUGMENTATION DE LA LIBIDO POSSIBLES AVEC TOUS LES AGONISTES DOPAMINERGIQUES ANTIPARKINSONIENS OU DANS LE SYNDROME DES JAMBES SANS REPOS

 

Au cours des dernières années, les publications se sont multipliées pour décrire sous agoniste dopaminergique utilisés comme antiparkinsoniens, ou dans l’indication du syndrome des jambes sans repos (SJSR), des comportements « compulsifs » : jeu (en particulier d’argent) compulsif ou « pathologique » mais aussi hypersexualité, majoration de la libido. Il s’agit manifestement d’un effet de classe et aucun agoniste dopaminergique n’apparaît exempt de cet effet indésirable qui est mis sur le compte de la stimulation dopaminergique dans les comportements hédoniques. Certaines données privilégient le rôle de projections mésolimbiques mésocorticales vers le noyau accumbens et des récepteurs D3 (1). Ceci pourrait expliquer que les agonistes dopaminergiques qui ont la plus grande affinité pour les récepteurs D3 pourraient plus souvent être mis en cause (exemple le pramipexole : Sifrolâ).

 

A titre d’exemple, a été rapporté récemment le cas de deux patients recevant ce traitement pour SJSR… Avant ce traitement, le premier patient, un homme de 64 ans, jouait une à deux fois par an et n’avait pas perdu d’argent tandis que le second, une femme de 54 ans, jouait plus régulièrement, au bingo une fois par mois et à la loterie deux fois par semaine, déclarant 200 à 300 dollars de pertes annuelles.

 

L’envie de jouer s’est fortement accentuée après respectivement huit mois de traitement à 0,5 mg/j et 17 mois à 0,75 mg/j. Les deux patients se sont mis à aller au casino, le premier une à deux fois par mois, perdant plusieurs centaines de milliers dollars, et le second une à deux fois par semaine, achetant aussi plusieurs billets de loterie. Après arrêt du traitement, le comportement de jeu compulsif a disparu.

 

Le risque existe avec des agonistes ayant une moindre affinité pour le récepteur D3, comme le ropirinole (Adartrelâ) comme dans le cas d’une autre observation de la même publication. Il s’agit d’une patiente qui n’avait jamais présenté de comportement de jeu compulsif avant de prendre un agoniste dopaminergique et n’avait pas d’antécédents particuliers. Les symptômes de SJSR avaient diminué de manière significative, mais un mois après le début du traitement, à un dosage de 0,5 g/j, la patiente était allée jouer au casino. Le pramipexole a été réduit puis arrêté pour être remplacé par du ropinirole jusqu’à 1,5 mg deux fois par jour mais elle a ressenti une envie de jouer, encore plus irrépressible avec ce traitement. Elle allait quatre à cinq fois par semaine au casino, perdant au total plus de 140.000 dollars.

 

Le ropinirole a été arrêté. Les symptômes de SJSR sont réapparus, mais l’envie de jouer a disparu. Depuis, elle est rarement allée au casino. Un traitement par gabapentine a été instauré avec succès sur le SJSR et sans effet indésirable notable.

 

Des observations ont aussi été rapportées récemment avec la bromocriptine (Parlodelâ), le pergolide (Celanceâ). L’information concernant ce risque jeu compulsif ou « pathologique » comme celui d’hypersexualité et d’augmentation de la libido devraient être ajoutés à l’information médicale de l’ensemble des agonistes dopaminergiques.

 

(1)    Voon V et al. Prevalence of repetitive and reward-seeking behaviors in Parkinson disease. Neurology 2006 ; 67 : 1254-7.

(2)   Tippmann-Peikert M et al. Pathologic gambling in patients with restless legs syndrome treated with dopaminergic agonists.  Neurology 2007 ; 68 : 301-3.